Un autre modèle de production et de distribution alimentaire est possible !

A La Récolte, nous travaillons à développer un autre modèle de distribution et de production alimentaire, un modèle vertueux et bénéfique pour tous. Dans ce modèle, le commerçant et le client s’adaptent aux contraintes de la production agricole, aux contraintes du vivant, qui est par nature irrégulier et imprévisible. Les producteurs, un peu libérés des contraintes de la distribution, peuvent alors s’attacher à produire des aliments sains et goûteux avant tout, pour notre plus grand plaisir !

La Récolte a été créée en 2014 pour répondre à deux objectifs : aider les citadins à s’alimenter sainement à partir de produits frais qui ont du goût et mettre en avant celles et ceux qui font ces produits, pour qu’ils puissent vivre de leur métier et continuent à le faire si bien. C’est pour ça que nous avons choisi d’ouvrir un magasin de quartier qui propose des produits biologiques, en direct de producteurs, au centre duquel se trouve une cuisine où l’on prépare et partage des recettes entre voisins. Plutôt cool comme concept, non ?

L’idée est bonne, mais il faut maintenant le remplir de bons produits fermiers, ce magasin ! Pour les trouver, on a commencé par se poser la question suivante : “Qu’est-ce qu’un bon produit ?”. Grande question à laquelle notre équipe a répondu en 20 pages bien denses, notre cahier des charges (nous y consacrerons un prochain article pour vous en dire plus). Ces 20 pages sont finalement la liste de critères que La Récolte ajoute au label bio pour garantir la qualité d’un produit donné. Puis il a fallu chercher des producteurs dont la philosophie et les méthodes de travail répondaient aux exigences de notre fameux cahier des charges. Et ça n’a pas été une mince affaire car ils ne sont pas si nombreux.

Aparté historique nécessaire : apparue dans les années 50, l’agriculture intensive est devenue le modèle ultra-dominant en France. Soutenue politiquement et économiquement dans un contexte d’après-guerre, l’agriculture s’industrialise rapidement. Les fermes, auparavant en polyculture-élevage, se sont standardisées et spécialisées, ne produisant plus qu’un seul type de culture. Les pesticides et les machines se sont généralisés pour augmenter les rendements de ces fermes toujours plus grandes. Les économies d’échelle et la productivité de notre agriculture paient : on produit plus d’aliments sur un hectare et ils coûtent moins cher à produire. Des aliments que l’on vend désormais dans des “grandes surfaces alimentaires” rendant les Français accros à l’abondance et aux petits prix. 

En amont de la chaîne, pour s’en sortir financièrement avec des prix bas, les agriculteurs augmentent encore leurs rendements, les fermes les plus fragiles ou incapables de s’adapter disparaissent. L’engrenage est lancé et tourne toujours vivement aujourd’hui.

Vous pourriez nous dire que c’est l’évolution logique du système alimentaire au sein d’un pays développé, que c’est le cours des choses… Sauf que les conséquences sont graves et impactent chacun d’entre nous. La qualité de nos sols s’est appauvrie, ainsi que celle des produits, la biodiversité a disparu de nos campagnes, nos eaux sont polluées… La liste est longue ! Pour en savoir plus, nous vous conseillons de lire cet article de Greenpeace.

Tout ça pour vous dire que nous avons bien cherché et fini par trouver d’irrésistibles Gaulois, en marge de l’engrenage décrit plus haut, qui produisent des aliments sains, de manière durable, en respectant la nature et les saisons. Ces hommes et ces femmes derrière nos produits ont été de véritables rencontres. Depuis, nous échangeons avec eux chaque semaine pour préparer les arrivages, discuter des produits, des aléas climatiques, des difficultés à faire bien, ou tout simplement prendre de leurs nouvelles.

Nous nous sommes ensuite heurtés à une autre difficulté : faire venir ces produits soigneusement sélectionnés à Paris. Nous n’imaginions pas réinventer la roue, et pourtant…

Pour que les fruits et légumes arrivent à Paris avec un maximum de goût, il faut qu’ils soient récoltés mûrs par le producteur et raccourcir le temps et les manipulations jusqu’aux magasins.

Mais à nouveau, ces 50 dernières années, la production, le transport et le stockage des fruits et légumes ont été organisés tout à fait autrement : la majorité des produits que nous mangeons passent par plusieurs intermédiaires et par autant de lieux de stockage (près d’une dizaine parfois et dans des pays différents).

La production agricole a été adaptée aux contraintes du transport, le vivant façonné et standardisé pour la logistique. L’objectif : que les fruits et légumes soient beaux, fermes et lisses le plus longtemps possible pour les transporter facilement, quitte à ce qu’ils soient récoltés bien avant qu’ils ne soient mûrs, et tant pis pour le goût.

Pour La Récolte, rogner sur le goût et la fraîcheur de produits cultivés avec soin et patience, ce n’était pas envisageable ! Nous nous sommes donc attelés à fonctionner autrement. Nous n’achetons qu’à des producteurs en direct, nous ne voulons pas d’intermédiaires, pas de manipulation ni de stockage entre la ferme et nos magasins.

Plus précisément, chaque magasin La Récolte gère ses commandes directement avec le producteur. Nous n’avons pas centralisé les achats et nous ne le ferons pas. Les équipes en magasin sont en lien direct, et au quotidien, avec les producteurs ; seule manière de rester connectés aux réalités de la production agricole et d’avoir toutes les connaissances nécessaires sur les produits.

Les producteurs connaissent nos exigences et nous approvisionnent en produits mûrs et fraîchement récoltés, les plus savoureux possible. Nous leur achetons aussi des variétés différentes, anciennes, celles qui ont disparu de nos étals alors qu’elles sont délicieuses. Elles sont certes moins productives et peu résistantes aux effets du temps qui passe, mais à La Récolte nous défendons aussi la diversité dans nos assiettes.

Finalement, le modèle mis en place par La Récolte est différent, principalement parce que c’est le commerçant qui s’adapte aux contraintes du producteur et du vivant et non l’inverse. 

Nous acceptons les ruptures, nous acceptons que les saisons se terminent et qu’il faille attendre de longs mois pour manger des tomates à nouveau, plus d’une année pour affiner un “vieux” comté et patienter au moins 90 jours pour élever un poulet comme il se doit. 

Et ça vaut le coup non ? 😉

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *